Discours de JP Fleury au congrès FNB 2016 de Bourg en Bresse

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Discours du Président de la FNB, Jean-Pierre FLEURY

Au Ministre de l’Agriculture

 

Mercredi 3 février  2016 – BOURG-EN-BRESSE

 

Les agriculteurs sont à poil!

Monsieur le Ministre,

Mesdames, Messieurs les élus,

(…), Mesdames, Messieurs,

                                                

 Les éleveurs de viande bovine sont en détresse économique, et en profonde souffrance.

 Rappelons-nous que ce congrès se déroule avec nombre de nos collègues hommes et femmes qui sont en action syndicale, et qui attendent de notre part de nous surpasser, pour redonner l’envie, la passion, et surtout un sens, un cap, pour un revenu à la hauteur des risques financiers pris au quotidien, et des heures de travail sans fin au détriment de la vie de famille.

 Nous voulons, avant tout autre propos, exprimer devant vous les immenses difficultés qu’ils affrontent, la « galère » de leur quotidien face à un équilibre financier impossible à trouver, le désespoir qui monte en l’absence de visibilité, après déjà plusieurs années de crise.

 Etre éleveur est un magnifique métier, alliant qualité de production au service de l’alimentation quotidienne de nos concitoyens, valorisation du potentiel naturel de notre territoire rural dans la diversité de ses situations, activité économique insufflée dans l’ensemble des entreprises et services, en amont et en aval.

 Et nous possédons en France un très haut niveau d’excellence en naissage et en engraissement, avec la qualité de nos races et le savoir-faire de nos éleveurs.

 Mais il ne pourra être question de maintenir l’ensemble des exploitations bovin-viande si un changement de modèle économique ne s’observe pas à brève échéance. Cela devra se traduire au travers d’actes politiques forts français et Européens. Enfin, une filière qui arrête de mettre la poussière sous le tapis, en envoyant les éleveurs devant les préfectures.

 Il ne pourra être question pour nos jeunes éleveurs de s’investir dans cette production, aussi passionnés soient-ils, si des perspectives stables ne sont pas tracées pour le moyen terme.

 Nous avions dès l’automne 2014 exprimé la dérive extrême de la situation économique sur les exploitations, au moment où les cours ont commencé à dévisser et les trésoreries à replonger.

 Nous avions alerté ! Impossible de « passer » l’année 2015 dans de telles conditions …

 Mais l’aval de la filière a poursuivi sur sa logique, avec ses œillères et son habituelle vision court-termiste, avec l’idée que les éleveurs pourront à nouveau faire « variable d’ajustement ».

 Et les pouvoirs publics ont tardé à prendre la dimension de la crise dans notre secteur.

 Vous avez constaté le résultat. Un niveau sans précédent d’actions syndicales en 2015, expression de la colère et du manque de perspectives, du manque de réponses, exaspération face à toujours plus de contraintes et de charges, incompréhension devant les double-discours autant de la filière que du monde politique, lassitude devant les remises en cause de notre métier et de notre produit, qui affectent le moral des producteurs au-delà des problèmes de revenus.

 A votre nom à tous, je tiens à rendre hommage aux FDSEA et JA à travers leurs Présidents et équipes de terrain, qui ne ménagent pas leur temps depuis plus d’un an maintenant.

 Au sujet de ces actions syndicales, Monsieur le Ministre, nous sommes d’ailleurs stupéfaits  de constater les procédures juridiques et condamnations, qui ont pu faire suite à certaines manifestations. Quelle triste réponse disproportionnée !

 Je pense plutôt Monsieur Le Ministre, que cela devrait être les éleveurs qui portent plainte contre l’Etat pour non-assistance à personne en danger. Les appels désespérés des épouses d’éleveurs dans les fédérations le démontrent chaque jour encore un peu plus.

 

 Mais revenons au fond.

La réalité qu’il nous faut constater objectivement, sans se voiler la face, c’est que le modèle de production spécialisé bovin-viande explose aujourd’hui littéralement.

 Il explose sous la pression de prix à la baisse, sous le poids des contraintes économiques, les coups de boutoir de multiples aléas sanitaires ou climatiques, le capital d’exploitation familialement engagé, le poids des investissements, l’escalade des exigences réglementaires sans cesse renouvelées, sans cesse rehaussées.

                                                          

Cela suffit, nous le disons solennellement !

 La production allaitante en France  menace de lâcher prise, si un nouveau modèle de construction de valeur au sein de la filière  n’est pas instauré d’urgence. 

 Un « nouveau modèle », qui définitivement devra intégrer les coûts de production français comme les autres acteurs de la filière française.

En tout état de cause, nous ne pouvons imaginer revivre à nouveau en 2016 la même équation insoluble sur les exploitations, avec des cours si bas, qu’ils asphyxient définitivement les éleveurs.

Monsieur le Ministre, les éleveurs sont d’autant plus amers depuis la fin d’année dernière, que nous nous étions donnés les moyens de redresser le cap, de restaurer une dynamique dans notre production.

 Les solutions ont été identifiées !

 Nous les avons portées devant vous et l’ensemble des acteurs de la filière, au travers de la « feuille de route du 17 juin » définie par la FNB. Elle visait à déployer à la fois des mesures d’urgence, et d’autre part à mettre « sur  rail » des mesures structurelles, porteuses pour l’avenir.

 Les producteurs sont amers, Monsieur le Ministre, je le répète, car nous n’avons pu obtenir la mise en œuvre en 2015 de ces leviers qui auraient redonné un espoir, un élan, alors même que le diagnostic est entièrement fondé, nous en sommes convaincus.

 Mais, Monsieur le Ministre, nous sommes tenaces, nous sommes déterminés. Nous ne lâcherons pas le morceau, nous maintiendrons le cap ! Et vous ?

Un ministre n’a pas le droit de dire « Je ne sais pas faire » ! C’est le principe même de la politique. Vous êtes responsable en tant que Ministre de la situation.

 La survie de dizaines de milliers d’éleveurs dépend de votre courage et détermination. Vous héritez de la facture de vos prédécesseurs de droite ou de gauche, qui ont laissé s’installer des pratiques commerciales dignes de la mafia. Ceci est la principale maladie de notre pays.

 Le combat syndical ne s’arrêtera pas, même si nous devons affronter de grands obstacles, nous heurter à de nouvelles manœuvres procédurières, faire face à la désinformation organisée sur le terrain, par certains acteurs de la filière.  

 Notre résolution à porter cette feuille de route se nourrit aussi d’une conviction : ce sera un chemin gagnant pour toute la filière, ce sera un chemin gagnant pour l’économie de notre pays. 

 Au petit jeu du prix bas au nom du soi-disant marché, nous tomberons toujours sur plus compétitif que nous, et sur l’obligation de détériorer ce qui fait le sens de notre travail et de notre produit.

 Le modèle d’exploitation familial dans cette aventure, est en rupture car il ne peut plus lutter contre un produit hyper industrialisé, dépersonnalisé, markété, dont le dernier repère pour le consommateur est le prix bas.

Monsieur Le Ministre, cela concerne le politique.

 C’est un choix de société, c’est un choix économique, contre nature, et qui emmène irrémédiablement vers une production qui devra elle aussi s’industrialiser, tout sauf ce que nous voulons. Et vous ? Etes-vous clair dans cette affaire?

 Il faut à l’inverse, faire émerger la voie de la valorisation du produit, que ce soit sur le marché national ou à l’export, une voie sur laquelle nous avons tous les moyens de nous démarquer, pour peu que les acteurs de la filière s’en donnent l’objectif , et surtout la volonté.

 Alors déclinons, Monsieur le Ministre, cette feuille de route, pour mesurer ce qui reste encore à faire !

 Tout d’abord, il fallait une mesure d’urgence pour les trésoreries, afin de passer le cap et redonner de l’oxygène, permettre d’attendre l’effet des mesures plus structurelles toujours attendues.

 Ce Plan de Soutien à l’Elevage, il nous a fallu l’arracher, et toute l’année 2015 n’y a pas suffi, puisque des mesures complémentaires de financement ont été annoncées il y a une semaine.

 Ne refaisons pas le passé. Les « briques » ont progressivement été posées : prises en charge MSA, exonération TFNB, mesures fiscales, et point d’orgue, l’année blanche dans sa forme totale ou partielle …

Ce qui fait encore défaut, c’est l’ampleur du dispositif financier dégagé pour garantir à tous les producteurs ayant déposé un dossier, qu’ils seront bien pris en charge. Mais nous savons que vous y êtes attaché, Monsieur le Ministre.  D’ailleurs, avez-vous d’autre choix pour respecter l’engagement du Premier Ministre et du Chef de l’Etat pris récemment devant le Président de la FNSEA.

 Dans l’urgence, nous avions aussi saisi les acteurs de l’aval, et notamment ceux de la grande distribution de l’enjeu d’une revalorisation des prix. Sous votre égide, au sein du Ministère, chaque enseigne avait finalement fait part de sa volonté d’agir dans ce sens, selon des modalités différentes, mais tendant toutes à l’indispensable redressement des cours.

 L’élan donné n’a pas tenu. Pourquoi ?  C’est la question que les éleveurs se posent au quotidien. Cet élan coupé est la preuve absolue d'une filière égoïste, dans le chacun pour soi, et sans ambition collective. Vous ne pouvez pas Monsieur Le Ministre vous en laver les mains.

 Le problème reste donc entier. Il manque toujours plus de 60 cts par kg carcasse en moyenne pour équilibrer le coût de production en bovins mâles et femelles. Pour les non-initiés, c’est 250 euros de perte par animal commercialisé.

 Nous en appelons en conséquence à de nouvelles relations commerciales dans la filière, qui soient construites en prenant en compte le prix producteur.

Et c’est d’abord la Grande distribution que nous interpellons, pour faire bouger les mécanismes de formation de ce prix.

Il est temps de rompre avec ce modèle qui écrase les plus faibles, fabrique des exclus et des chômeurs.

 Il est temps que tous les maillons changent leur logiciel de fonctionnement, et bien entendu les acteurs de la mise en marché en premier lieu.  Nous fondons beaucoup d’espoir sur cette prise de conscience.

 Concernant les mesures structurelles que nous avions proposées, elles ont toutes pour objectif de jouer un effet levier dans la stratégie de recherche de valeur.

Où en sommes-nous ?

 L’un des points fondamentaux vise à une segmentation forte du troupeau allaitant français et un socle qualitatif de base, assurant la satisfaction du consommateur dans les différentes gammes.

 Monsieur le Ministre, nous savons que vous partagez notre analyse. Mais, malgré un très remarquable travail réalisé, l’interprofession aujourd’hui est bloquée sur cette question par le « niet » du président de Culture-Viande, qui tire les ficelles pour éviter qu’une stratégie collective ne prenne forme !

 Il n’est pas acceptable pour le numéro 1 de la viande, de jouer ainsi la « logique de la terre brulée » autour de lui pour ses propres intérêts privés.

A l’Export, un pas a été franchi avec la création de la SAS France Viande Export en octobre, après bien des atermoiements.

 Pour les éleveurs, le concret se mesurera aux volumes exportés grâce à cette structure, ou déjà pour le moins, aux appels d’offre auxquels elle est candidate. Le refus du Président de la SAS France Viande Export de participer à notre congrès ne nous rassure pas pour l’avenir. Au fait, où prend-t-il ses ordres ?

Refuser le potentiel de débouchés des pays-tiers à notre porte sur le pourtour méditerranéen, c’est notre marché naturel, et ceux à forte croissance en Asie et au Moyen Orient, c’est une inconscience, une faute majeure.

C’est pourtant cette logique étroite et passéiste que nos grands groupes industriels continuent de privilégier. En êtes-vous conscient, M. le Ministre ?

 Il faut « mettre le booster ». Chaque semaine compte dans la situation dramatique du marché !

 Concernant l’export, les pouvoirs publics portent eux aussi la responsabilité entière de certains chantiers, dont les conditions d’accès au marché notamment de la Turquie, et l’ouverture de la Chine pour ne citer que les principaux.

 Vos services doivent démultiplier leurs actions sur ces axes prioritaires.

 Ensuite, il nous faut parler de transparence dans cette filière qui est un dû aux producteurs dans la relation commerciale.

 Ici notre patience a des limites. Voilà des années que les choses devraient être en ordre, et les dérives sont toujours constatées !

 D’abord sur la Pesée-Classement : la carence des pouvoirs publics et le laxisme de vos services sont grands dans ce domaine. Trop peu est fait pour contrôler et pour sanctionner quand cela est nécessaire. Il n’est pas acceptable de laisser s’installer l’impunité car la perte de confiance des producteurs est en train de s’installer.

Quand à la possibilité pour l’éleveur d’avoir le temps nécessaire pour diligenter une inspection sur le classement de son animal, ce devrait être une évidence, non ? Et connaitre le résultat donné par la machine à classer, le comble pour un dispositif cofinancé à 50% par les éleveurs.

Cela donne la désagréable impression « d’avoir payé la chambre » !

Là aussi cela suffit, Monsieur Le Ministre.

Nous sommes scandalisés par l’attitude des groupes d’abattage, tous autant qu’ils sont. Voilà des mois que l’aval de la filière s’ingénie à des manœuvres dilatoires. C’est le principe des petits joueurs !

 Monsieur le Ministre, vous vous êtes engagés au respect de la transparence, votre arrêté relève d’un accouchement par césarienne Mais attention à sa rédaction ! Ne laissez pas les abatteurs tenir le crayon de votre administration. Nous attendons votre décision aujourd’hui Monsieur Le Ministre, cela, c’est de la politique.

Et au chapitre des manœuvres de la filière « du même acabit », parlons maintenant des cotations !

Il s’agit là d’un point névralgique. C’est, pour l’ensemble de la filière, la référence de la formation du prix en gros bovins finis. Et bien, dès que l’on creuse un peu, force est de constater que le dispositif est encore loin d’être transparent et à l’abri des manipulations.

Faut-il le rappeler, Monsieur Le Ministre, c’est bien tout le prix qui doit être décompté par FranceAgriMer, et non comme aujourd’hui une partie au choix des abatteurs, « à leur guise » devrais-je dire, selon l’humeur du matin.

 Les éleveurs connaissent la rigueur d’application réglementaire quand les contrôleurs descendent sur leur ferme.

 Etonnamment, dans les abattoirs, tout a l’air bien plus souple. Nous le déplorons, Monsieur le Ministre. Y aurait-il deux poids deux mesures dans ce pays?

La révision des dispositions de calcul des cotations entrée-abattoir doit se mettre en œuvre prochainement. Attention là aussi à ne pas faire les choses à moitié, à ne pas laisser s’instaurer de nouvelles interprétations laxistes ! Là aussi, Monsieur Le Ministre, c’est de la politique.

En cotations bovins maigres, Monsieur le Ministre, les choses sont encore plus archaïques … Votre administration centrale a purement et simplement abdiqué face aux tirs de barrage des opérateurs de mise en marché, la transparence à la poubelle, le contrôle des données, à la poubelle, allez, aux oubliettes après deux ans de faux-semblant et de palabres. C’est affligeant Monsieur Le Ministre, c’est de la politique.

Je conclurai ce chapitre sur la transparence dans la filière en abordant la question cruciale de l’étiquetage de l’origine des viandes pour le consommateur.

 A chaque sortie dans un magasin, les éleveurs « dénichent » des étiquettes de travers, fantaisistes au mieux, délibérément erronées peut être. En tout état de cause, en toute impunité là aussi. Nous vous en avons transmis bien des exemples.

 C’est pourtant un gage de confiance majeur pour les consommateurs, et un gage d’équité entre les opérateurs.

 Quant à la question de l’origine des viandes en plats transformés, nous savons que vous vous y employez à nouveau vers Bruxelles. Il faut que vous y mettiez les grands moyens ! Dites à vos collègues Européens et à la Commission Irlandaise, non pardons, au Commissaire Irlandais, que tous ceux qui s’opposeront à cet étiquetage porteront la responsabilité de la prochaine crise sanitaire européenne ! Là aussi, Monsieur Le Ministre, c’est de la politique.

Monsieur le Ministre, en un mot, ayez la même détermination, la même « niaque »  sur ces sujets que vous l’affichez par exemple sur l’agro-écologie, qu’il y a belle lurette que les éleveurs eux pratiquent au quotidien.

 Concernant Viandes de France, vous avez « mouillé la chemise », Monsieur le Ministre, et nous aussi. Je lance un dernier appel aux GMS pour que la totalité des viandes françaises soient désormais porteuses de ce logo. Quant à la RHD, elle doit d’ores et déjà s’y préparer. C’est un dernier avertissement, je vous préviens tous.

Voici les points clés de nos propositions pour une filière responsable.

 Monsieur Le Ministre je souhaite également abordé devant vous la question de l’appui à la compétitivité des exploitations.

 En effet, il nous faut desserrer les deux mâchoires de l’étau dans lequel les producteurs sont prisonniers.

 D’un côté, le prix payé au producteur en redonnant de la valeur et de l’autre, abaisser les coûts de production. Cela commence par l’allégement des normes réglementaires, boulet français de bien des productions et particulièrement la nôtre !

 Voila deux ans pour le moins, que nous vous demandons de réviser le régime des ICPE. Avec un argument simple : ne pas faire plus que le cadre communautaire. Pourquoi les choses sont-elles aussi longues à faire bouger quand il s’agit de desserrer la contrainte, et si rapide quand il s’agit de les instaurer ?

 Les particularités à la française comme la clause filet et les études d’impact systématiques doivent disparaître. En conséquence, nous demandons une augmentation immédiate des seuils d’élevage à 850 places sans étude d’impact. Cela commence à suffire d’écouter les ignorants porteurs de décroissance.

Pourquoi « couler du béton » supplémentaire lorsque les surfaces d’épandage sont là ? Pourquoi ne pas faire évoluer les calendriers d’épandage territorialement ? Ce seraient là des mesures de bon sens et moins coûteuses !

 Monsieur le Ministre, allez-vous enfin dans ce domaine qui sera précieux pour l’engraissement en Jeunes bovins et Veau de boucherie, nous apporter une bonne nouvelle, et « sans coup de Jarnac » de dernière minute ? Nous vous rappelons notre position. Là aussi, c’est de la politique, Monsieur Le Ministre.

 Il vous faut vous atteler dès demain matin à une simplification urgente, une grande spécialité à la française, les surfaces non agricoles, les SNA !...

 Les éleveurs sont entrain de recevoir de la part de vos services un questionnaire de parfois plusieurs centaines d’interrogations, qui nous faut penser que les champions de l’immobilisme et de la décroissance sont à l’œuvre chez vous.

 Aucun éleveur ne comprend ce qu’il a reçu, de même que nos responsables professionnels. Etes-vous capable, Monsieur le Ministre,  de nous l’expliquer vous-même ? Faute de réponse, cela est inapplicable.

En secteur viande bovine, ayez aussi à l’esprit la nécessité d’une approche globale, multicritères des mesures environnementales, et ce qui est d’ores et déjà réalisé sur les exploitations. Nous déplorons que nous soyons encore à demander l’intégration du stockage du carbone dans les bilans GES par exemple ! Votre consœur, Ségolène Royale, a du retard à l’allumage, trop occupée par Sivens et Notre dame des Landes. A vous de la guider si vous le pouvez.

Enfin, nous réaffirmons l’enjeu d’une politique plus adaptée pour favoriser le développement du photovoltaïque sur bâtiments d’Elevage. Voilà trois ans que la CNE porte ce dossier. Nous sommes sûrs que cela sera un remarquable outil de compétitivité, comme d’ailleurs les allemands ont su l’utiliser depuis plus de 10 ans. Nous avons déposé la semaine dernière, des propositions concrètes auprès du Chef de l’Etat, nous attendons désormais des annonces avant le salon, là aussi, Monsieur le ministre, c’est de la politique.

Monsieur le Ministre, au final, le bilan dû « réalisé 2015 » s’avère bien en deçà du minimum nécessaire au regard de la crise qui affecte notre production et la détresse des éleveurs, tort partagé entre vous, Monsieur le Ministre, et le numéro 1 de l’abattage en France.

Au-delà des difficultés économiques de marché sont venus se greffer des aléas de grandes ampleurs, sécheresse, FCO.

Dans de nombreux départements, la sécheresse a sévèrement impacté les ressources fourragères et l’incompréhension demeure suite aux décisions du FNGRA de décembre, qui a délibérément nié certaines situations de déficit, pourtant avérées par des constats sur le terrain.

 Cette incompréhension s’ajoute au sentiment d’avoir été purement et simplement floué, quant à la préemption par Bercy de 255 millions d’euros de réserve de ce FNGRA.

 Il a deux options Monsieur Le Ministre, où vous n’étiez pas là ce jour-là, ou vous avez laissé passer, dans les deux cas, c’est une faute majeure.

 Intelligent « le Macron », je reprends d’un côté ce que je perds de l’autre. Il a de l’avenir comme prestidigitateur ! Et il a même réussi à vous endormir, Monsieur le Ministre ! Là aussi, c’est de la politique.

 Concernant ce dossier douloureux et urgent de la sécheresse, il faut arrêter de mener les éleveurs en bateau. Les dossiers préparés par votre administration dans les départements sont remontés pour être contestés par votre administration centrale. Il y donc eu retour à l’envoyeur.

 Nous ne céderons pas, la seule chose que nous attendons c’est la date urgente où vous confirmerez le travail remarquable conduit par les professionnels et votre administration sur le terrain.

 En matière climatique, j’ajouterai que l’Elevage a besoin d’un dispositif-socle adapté à ses contraintes spécifiques. La production herbagère ne répond pas aux mêmes logiques qu’un hectare de grandes cultures.

 Nous avions plaidé pour un seuil unique. Il doit être maintenu à l’avenir. Nous avions demandé un seuil de franchise subventionnée à 20 %, et pensions d’ailleurs qu’il serait accordé. Le bon équilibre du schéma repose sur un tel niveau. Arbitrer à 25% risque d’handicaper le développement du dispositif assurantiel en secteur Elevage.

 2016 sera l’année des vérifications avec nos partenaires.

 Venons-en à la FCO, Monsieur Le Ministre, identifiée sur notre territoire en septembre dernier, souvent cumulé avec l’aléa sécheresse. Pour une fois, il y a eu, dont acte, une réaction accélérée des services de l’Etat pour fournir des vaccins à l’automne et renégocier certaines ouvertures à l’export.

 Mais les impacts sont loin d’avoir été tous maitrisés. L’Espagne tout d’abord pour laquelle il faut trouver une solution pérenne et praticable. La Turquie aussi, toujours fermée, alors qu’elle a représenté plus de 70.000 bovins exportés sur la première partie de l’année 2015.

 Monsieur le Ministre, nous savons que l’Etat manque de crédits ! Alors nous sommes prêts à vous payer votre billet d’avion pour aller voir votre nouvel homologue en Turquie. Ça urge ! Là aussi Monsieur le Ministre, c’est de la politique.

 Reste aussi la lancinante question de la disponibilité des vaccins pour permettre aux éleveurs de la zone réglementée de vacciner avant le lâché des animaux.

Il y a urgence, Monsieur le Ministre, avec les conséquences que vous mesurez.

 Je vous rappelle d’autre part notre demande d’une prise en charge du vaccin, et d’un financement de l’acte vétérinaire lorsque celui est rendu obligatoire par les dispositions réglementaires aux échanges. Vous allez nous confirmer l’envoi des vaccins dès aujourd’hui.

 En matière sanitaire, nous vous saisissons, Monsieur le Ministre, également de la nécessité à sortir un arrêté relatif à la gestion de la faune sauvage, suite au vote de la Loi d’avenir.  Nos efforts de rigueur sanitaire ne doivent pas être remis en cause. C’est urgent, vous le savez, le statut sanitaire de notre pays est en jeu.

 

J’en viens maintenant au domaine européen.

 Et tout d’abord aux questions liées à la déclinaison de la PAC.

 Concernant la nouvelle prime ABA, au troupeau allaitant, nous avons finalement abouti, pour un ensemble de raisons dont celle de « l’orthodoxie communautaire », à un schéma qui ne sera plus basé sur l’historique individuel de chaque exploitation mais reposera sur une référence nationale à 3.845.000 vaches primées.

 Il faut nous garantir impérativement du risque de dérapage du stabilisateur sur le nombre d’animaux. Nous attendons dans les prochains jours les propositions de vos services dans ce domaine. Cet engagement doit être tenu. Vous allez peut-être l’annoncer, mesurez tout l’enjeu de cette aide couplée pour la production allaitante. Les producteurs spécialisés ne seront pas la variable d’ajustement des autres productions.

 Mais, concernant l’horizon communautaire, Monsieur le Ministre, ce que nous voulons surtout exprimer ici, c’est notre désespérance face à l’inertie qui règne dans les instances européennes, vis-à-vis des crises, vis-à-vis d’une situation qui pourtant explose partout sur le terrain.

Bruxelles est dans « sa sphère », Bruxelles est « dans sa bulle ».

 Elle fait de l’économie « de salon » pendant que les producteurs de viande bovine, et bien d’autres entrepreneurs, pratiquent eux la « vraie » économie, générant des emplois, font vivre les territoires.

 Depuis deux ans de crise en viande bovine, quel résultat auprès de la Commission, quelles mesures ?

 Là aussi, Monsieur le Ministre, y passez-vous le temps nécessaire ? On ressent une France aux abonnés absents au niveau communautaire.

 D’où cette vraie interrogation qui monte : y - a – t-il encore un projet européen ? Le doute s’installe et mine les consciences chaque jour qui passe.

 Pire, le seul signal émis par Bruxelles, c’est la DG Concurrence qui l’a adressé en fin d’année dernière, mobilisant ses services pour enquêter sur les tables rondes Monsieur le Ministre, que vous avez réunies pour nos différents secteurs en crise !

 Et comme si cet aveuglement des fonctionnaires de Bruxelles sur la situation des marchés ne suffisait pas, la seule préoccupation qui semble sinon guider la pensée communautaire, c’est une course folle aux accords de libre-échange !

 Canada, USA, Mercosur avec Brésil et Argentine notamment, Mexique, Nouvelle-Zélande et Australie, … Arrêtez, la coupe est pleine. Finalement combien de dizaines de milliers de tonnes, combien de centaines de milliers de tonnes de viande bovine, la DG Commerce a-t-elle prévu au final « de lâcher » dans le cadre lors de cette sarabande endiablée au commerce mondial.

 Je l’ai déjà dit à Bruxelles, et je le confirme, les éleveurs sont prêts à payer aussi un billet d’avion à Mme La Commissaire au Commerce Cécilia Malmstrom pour qu’elle parte en vacances jusqu’à la fin de son mandat. Le rêve d’un marché unique UE-USA est définitivement une utopie, alors que l’on ne parvient déjà pas à gouverner l’Europe à 28 qui se délite chaque jour un peu plus.

 En tout état de cause, le troupeau allaitant ne résisterait pas à la conclusion de ces accords, d’autant que ces contingents se focalisent sur les morceaux nobles à haute valeur ajoutée. Nous ne serons pas une monnaie d’échange. Là aussi, Monsieur le Ministre, c’est de la grande politique.

 Quant aux consommateurs, on les endort en répétant qu’il n’y aura pas d’hormones dans le cahier des charges, et en oubliant volontairement tous les autres pans de réglementations où il n’y a pas équivalence de normes, traçabilité, alimentation des bovins, usage des antibiotiques, respect du bien être animal et de l’environnement … Les américains considérant que c’était des inventions européennes.

 Le réveil sera douloureux, mais il sera alors trop tard. C’est maintenant qu’il faut agir pour exclure la viande bovine de cette négociation mal engagée.

 Nous appelons, et ce sera la conclusion de mon propos, à un sursaut à la fois politique et de la filière pour redonner une perspective à la production bovin viande, allaitante et engraissement.

 Notre métier d’éleveur est à un tournant historique.

 Soit nous laissons faire. Et ce sera, demain plus encore qu’aujourd’hui, un modèle économique mortifère, fondé sur la course aux prix à la production toujours plus bas, et dont  le cheptel allaitant ne réchappera pas.

 Soit nous parvenons, et sans délai, à mettre en application les orientations que nous portons, et la filière française deviendra un fleuron de notre économie irrigant ses territoires sur les valeurs qui sont les nôtres avec des pratiques vertueuses et des produits de haute qualité.

 Il est temps que l’ensemble des acteurs de l’amont tétanisés par la situation actuelle se réveillent, se bougent, arrêtent d’être spectateurs. Laisser faire c’est être complice.  La fatalité, c’est le pain des mous.

 Pour nous ce sera détermination, courage, ambition Nous sommes surs d’avoir raison.

 Notre choix est fait, sera-t-il le vôtre aussi Monsieur le Ministre ?

 Nous vous donnons la parole, la qualité de vos réponses déterminera l’attention des congressistes.

 Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

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